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Le « nouveau modèle du développement marocain » selon Abdelaziz Belal
Noureddine El Aoufi | 20 Mars 2018
     

Qu’aurait pu être la contribution de Abdelaziz Belal au débat actuel sur le « nouveau modèle du développement marocain »? Faisons du contrefactuel pour tenter de trouver une “réponse” dans ses deux livres fondamentaux : L'investissement au Maroc (1968) et Développement et facteurs non économiques (1980). Le premier livre définit une « théorie générale du développement » : investissement matériel dans les fondamentaux économiques (infrastructures de base, industrialisation, développement agricole, modernisation de l'artisanat) à partir d'un taux suffisant d'épargne nationale et d'un niveau optimal de consommation de masse.

Le processus strictement économique du développement implique, d'une part, une articulation structurelle de l'agriculture et de l'industrie, et de l'autre des relations organiques d'échange entre les industries lourdes (section de production des biens d'équipement) et les industries légères (section de production des biens de consommation).

Ce sont les dynamiques internes, la diversification et la sophistication du système productif national, la convergence des politiques publiques et des stratégies privées nationales qui favorisent l'insertion active dans le régime international et contribuent à améliorer les conditions d'attraction des investissements directs étrangers et non l'inverse.

La perspective institutionnaliste, en creux dans l'investissement, occupe une place centrale dans Développement et facteurs non-économiques dans la mesure où l’investissement institutionnel et culturel, on dit aujourd’hui investissement immatériel, sont les « facteurs non économiques » du développement humain et inclusif : « le développement, tel que nous l’entendons, au sens d’un processus cumulatif socialement maîtrisé et continu de croissance des forces productives, englobant l’ensemble de l’économie et de la population, à la suite de mutations structurelles profondes permettant la mise au jour de forces et de mécanismes internes d’accumulation et de progrès, n’est pas possible sans l’élimination des blocages sociaux, politiques et idéologiques qui l’entravent (…). Ce qui signifie, en bref, la réalisation d’un processus de libération nationale authentique et de révolution sociale profonde dans les structures socio-économiques, les rapports sociaux et les valeurs idéologiques et culturelles- et sa consolidation persévérante à travers le temps » (Belal, 1980, p. 98).

Le design d’une «stratégie souhaitable du développement » doit s’articuler autour de la « nécessité et possibilité d’un taux élevé d’accumulation » est de nature à engendrer un « processus de progression géométrique par réinvestissement continu du capital récupéré ». Une telle « accumulation de départ » ouvrant la « voie à la croissance auto-entretenue » assigne un rôle secondaire à l’aide étrangère. 

Le chapitre 4 intitulé « Transformation des structures et maximisation des effets multiplicatifs de l’investissement » se décline comme un programme structural : transformation des rapports externes et internes de l’économie et de la société, création d’une organisation économique et sociale d’un type nouveau, c’est-à-dire en mesure d’assurer à la fois la diffusion du progrès, l’harmonisation nécessaire de la centralisation et de la décentralisation, de la discipline et de la libre initiative et, last but not least, conciliation des impératifs d’efficacité économique et de justice sociale.

L'intervention de l'Etat, barycentrique dans toute stratégie nationale de développement, se manifeste à travers le rôle dirigeant du secteur public. Cinq raisons plaident en faveur de cette option (p. 377-378) : (i) Seul l'Etat peut réunir les fonds d'accumulation de "départ", par la mobilisation et la centralisation de la majeure partie du surplus ; (ii) L'industrie privée ne crée pas de pôles de croissance ; (iii) L’intégration intersectorielle et territoriale s'exprime par  la combinaison organisée, dirigée et entretenue des deux types d'investissement (hautement capitalistique et faiblement capitalistique) et par la distribution des pôles de croissance à l’échelle du territoire national ; (iv) Le maintien d'un taux élevé d'investissement tout au long du processus de développement ; (v) enfin, le développement économique étant l'affaire de toute la nation, l'investissement public peut être également un moyen de répartir équitablement les charges et les fruits du développement entre les différentes classes sociales.

Au total,la «  stratégie souhaitable du développement » se déploie à travers un design qui est  « à la jonction de l’économique, du sociologique et du politique »,  attribuant une « importance décisive » à « l’encadrement politique » et à « la participation active des masses ».

Préconisé il y a 50 ans, le modèle ne semble pas avoir pris une ride.


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