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Le procès du développement (1)
Noureddine El Aoufi | 30 Octobre 2017
     

Le Discours royal du 13 Octobre 2017 devant le Parlement a sonné comme un coup de tonnerre. Le modèle de développement à l'œuvre a atteint ses limites. Il y a lieu de concevoir un « nouveau modèle de développement mieux adapté aux évolutions et au contexte (…) selon une approche participative, incluant l'ensemble des composantes du pays, comme l'ont été d'autres chantiers d'importance stratégique comme la réforme de la Constitution en 2011 ou encore le projet de la régionalisation avancée ». Le débat est ouvert. Je reçois de Imane Bouhrara, rédacteur en chef adjoint à Finances News Hebdo une série de questions faisant retour sur les conditions du développement national et pointant les perspectives (publié le 24 Octobre 2017).


Quels enjeux doit-on prendre en considération dans la mutation vers un nouveau modèle marocain de développement, l'actuel ayant atteint ses limites ? Faut-il sortir des sentiers battus et explorer de nouveaux modes de pensée et de théories ? 

On peut soutenir que les limites de ce que vous appelez le « modèle » marocain actuel tiennent, en grande partie, à la conception des politiques de développement, c'est-à-dire aux « expériences de pensée » qui les fondent. En économie, notamment, les théories ne sont ni neutres, ni objectives. Elles participent souvent d'un parti pris théorique, traduit en choix politique. Le Maroc a opté dès l'indépendance pour un modèle libéral de développement en opérant une bifurcation par rapport à la stratégie de développement contenue dans le Plan quinquennal 1960-1964 élaboré sous le gouvernement Abdellah Ibrahim. Les réformes qui ont été entreprises par la suite s'inscrivent toutes, sans exception, dans cette logique libérale, le programme d'ajustement structurel de 1983 constituant dans cette trajectoire un point d'inflexion avec changement de concavité.

Par conséquent, s'il faut aujourd'hui désigner un « coupable », au plan théorique, des dégâts et des gâchis, notamment au plan social, qui ont été pointés du doigt, c'est du côté du modèle standard qu'il faut chercher. Depuis l'indépendance, le Maroc applique de façon constante les « recettes » des institutions financières internationales, ces dernières ne peuvent dès lors, sans indécence, s'exonérer d'une part de responsabilité dans l'échec du « modèle » qu'elles « recommandent » et vendent avec force conditionnalités sonnantes et trébuchantes.

Faut-il, comme vous le dites, sortir de ces « sentiers battus » et explorer de nouvelles « expériences de pensée » ? La réponse est oui, si l'on veut considérer l'intérêt national avant toute chose. La prise en compte de l'intérêt national, qui est l'enjeu primordial, invite à adopter, ici et maintenant, une démarche réflexive eu égard aux « modèles » standards, prêts à porter, pour les quels les pouvoirs publics semblent éprouver une préférence intrinsèque, presque un « désir mimétique » au sens de René Girard. Persévérer dans la « pensée unique » relève, suite au dernier discours royal, d'un phénomène d'aveuglement coupable.


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