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L'Economiste et l'Architecte
Noureddine El Aoufi | 4 Février 2019
     

Les échanges entre l’économie et les sciences sociales et humaines ont toujours existé et n’ont jamais cessé : les transactions portent sur les concepts, les théories, les méthodes. L’échange est inégal : l’économie emprunte plus qu’elle ne prête, et les bailleurs vont au-delà des sciences humaines et sociales. Les concepts d’irréversibilité, d’indétermination, de régulation, d’auto-organisation lui viennent de la physique quantique.

Avec l’architecture le rapport d’échange est différent, c’est l’économie qui met à sa disposition ses concepts et ses théories et, en retour, l’architecture offre à l’économie la représentation, la forme dans laquelle s’inscrit l’acte et l’activité économiques.   

Marx compare le travail de l’Architecte à celui de l’Abeille : « Notre point de départ c'est le travail sous une forme qui appartient exclusivement à l'homme. Une araignée fait des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l'abeille confond par la structure de ses cellules de cire l'habileté de plus d'un architecte. Mais ce qui distingue dès l'abord le plus mauvais architecte de l'abeille la plus experte, c'est qu'il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit, préexiste idéalement dans l'imagination du travailleur" (Karl Marx, Le Capital, 1867, Editions Sociales, 1950).

Tiré par la transition écologique, le nouveau paradigme du développement (en gestation) articule deux variantes complémentaires qui sont susceptibles d’infléchir la trajectoire de l’architecture contemporaine dans une perspective où celle-ci est sommée de mettre en mouvement son imagination afin de donner à la nature une forme utile à la vie, et au monde une forme plus conviviale, au sens de Yvan Illich (La Convivialité, Seuil, 1973),  pour les humains. Ces variantes sont l’économie verte au cœur du développement durable, et l’économie circulaire fondée sur l’écologie industrielle et le recyclage des matériaux.

C’est dans cette perspective que, de mon point de vue, s’inscrit l’ouvrage Villes paysages du Maroc (Editions La Découverte, 2017) de Mounia Bennani. L’auteur  « augmente » l’architecture par le paysage et réinvente l’avenir des villes marocaines en puisant dans l’histoire de l’architecture au Maroc : les  jardins traditionnels, et dans leur prolongement les parcs publics contemporains réalisés sous le Protectorat français. L’art du jardin est le fondement de la création des villes modernes marocaines. Une création qui procède d’une vision stratégique de l’urbanisation du pays et d’une politique de la « ville nouvelle », cette dernière étant imaginée sur la base d’un certain nombre de paramètres qui, de concert, ont imprimé à chaque ville (Rabat, Salé, Fès, Meknès, Marrakech, Casablanca) son identité propre, distincte des autres, une identité qui perdure et résiste à l’usure du temps, ainsi qu’aux multiples métamorphoses et violences liées à la pression démographique : le socle géographique, le patrimoine naturel, la topographie, les vues sur l’océan, les monuments, mais aussi et surtout les jardins. Ce sont ses configurations vertes, ses jardins traditionnels, ses parcs modernes qui font de Rabat, créée en 2012, une ville-paysage par excellence et un « patrimoine mondial » (Unesco) depuis 2012. 

Je retiens de l’analyse de Mounia Bennani l’hypothèse de la ville-paysage comme ville conviviale permettant, à la fois, de satisfaire à l’impératif de durabilité et de renouer avec l’horizontalité de l’habitat humain qui est une condition de l’horizontalité du rapport social. Mais, il y a plus dans le concept de ville-paysage : les jardins traditionnels (réhabilités et restaurés comme le fut le mythique Jnan Sbil à Fès) sont une condition de retour de l’homme public à l’espace public, une base d’exercice de l’hétéronomie sociale et de réapprentissage du vivre-ensemble. Bref, une ville-paysage pour atténuer demain le « monopole radical » (Illich, Energie et équité, Seuil, 1973) de l’improbable et non moins conquérante « ville intelligente ».


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