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L'hybris économique
Noureddine El Aoufi | 5 Février 2018
     

La rationalité est un concept fondateur de l’économie néoclassique. Les comportements d’un agent, quel qu’il soit, où qu’il soit sont des comportements gouvernés par la raison. L’agent sait ce qu’il veut, ce qu’il désire, il a des préférences, les informations sont à sa disposition, il calcule, il sait faire les calculs les plus compliqués en temps réel. Grâce à son calcul hédoniste, il peut maximiser sa fonction utilité, prendre une décision optimale fondée sur un choix rationnel, une rationalité absolue.

Cette hypothèse de rationalité absolue, toutefois, n’a pas été sans conduire à des comportements individuels et/ou collectifs dont les conséquences se sont avérées, pour le moins, aberrantes, excessives, contreproductives, voire parfois catastrophiques. Bref, irrationnelles. Le rationnel peut donc porter l’irrationnel comme la nuée porte l’orage.

Chez les Grecs la notion d’hybris signifie démesure à la quelle peut pousser une passion violente et, de ce fait, elle était considérée comme un crime. Dans le domaine de l’économie, l’action humaine, quand elle est mue par l’hybris, comporte des risques plus ou moins probabilisables, d’échelle plus ou moins systémique.

Aujourd’hui les corrélations positives entre le modèle productiviste, le développement non durable, les activités de surpêche, les processus anthropiques conduisant à la dégradation morphologique des côtes et à la submersion marine, le réchauffement climatique, les pressions exercées sur les écosystèmes, etc. sont bel et bien établies. Par conséquent, pour mettre un terme à l’hybris économique et pour freiner « l’arraisonnement de la nature », cette « illusion nietzschéenne » (Heidegger), il n’y a pas d’autre alternative que de changer de perspective et de s’engager sur le nouveau sentier déjà à l’œuvre, le sentier du développement humain et durable.

Doté généreusement en capital naturel, le Maroc devrait conjuguer une double transition : vers l’« économie verte » (protection de l’environnement, énergies renouvelables) et vers l’« économie bleue » (conservation et restauration des écosystèmes côtiers et marins). Ce changement de cap stratégique suppose une « croyance commune », publique et privée, que le jeu de la soutenabilité est un jeu à somme positive, un jeu de nature coopérative, ancré dans des processus participatifs, avec des enjeux communs, un jeu où l’hybris s’avère, tout compte fait, contreproductive, voire un jeu dangereux.

En effet, comme le souligne Pierre Bourdieu (Raisons pratiques, Seuil, coll. Points, 1996, p. 153), l’intérêt, réductible à l’intérêt matériel, est une croyance, une illusio (le mot renvoie au jeu), c’est-à-dire « le fait d’être pris au jeu, d’être pris par le jeu, de croire que le jeu en vaut la chandelle, ou, pour dire les choses simplement, que ça vaut la peine de jouer».


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