Accueil > Blog
BLOG

Flexibilité du Dirham : La justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?

2. La flexibilité du Dirham et réserves de change : une hirondelle ne fait pas le printemps

Nicolas Moumni | 10 Avril 2018
     

L’amélioration récente  des réserves de change  a constitué un argument et un élément conjoncturel favorable dans le processus  d’adoption progressif, par les autorités monétaires marocaines, d’une flexibilité du Dirham. Cependant l’historique de l’évolution de cet indicateur fondamental (graphique ci-après) montre une tendance irrégulière qui a été  marquée par une baisse de 2011 à 2013 liée, notamment, à l’augmentation du déficit intérieur et de la dette extérieure. Cette irrégularité interroge sur la pérennité du niveau adéquat des réserves de change nécessaires à la soutenabilité du nouveau régime de change.   

Réserves de change du Maroc  entre 2008 et 2018



Source:  Tradingeconomics.com/morocco/foreign-exchange-reserves

En effet, si le niveau adéquat des réserves de change selon D. Rodrik (2006), faisant  référence à l’équivalent de 3 mois d’importations, semble observé lors de cette transition vers le nouveau régime  du Dirham, l’indicateur ARA Metric (ARA et ARA ajustée) connaît, d’après les données de Bank Al-Maghrib (BAM), une tendance plutôt irrégulière selon la conjoncture et les années. Ce ratio développé dans le prolongement des travaux de  Wijnholds et Kapteyn (2001) (tenant compte des besoins externes (dette), internes et d’un certain niveau de fuite de capitaux  liée aux résidents) qui devrait être égal ou supérieur à 100%,  n’a commencé à s’améliorer qu’à partir de 2013.

Par ailleurs, si  l’un des arguments en faveur des changes flexibles est la dévaluation du Dirham devant permettre l’amélioration de la compétitivité-prix des entreprises exportatrices et celle du solde commercial du Maroc, BAM  doit disposer, en permanence,  d’un stock de devises suffisant à vendre (acheter)  pour stopper  une dépréciation (appréciation) excessive du taux de change, en cas d’attaque spéculative sur la monnaie nationale. En effet, en cas de vente massive du Dirham par des Etrangers, la  Banque centrale peut  épuiser tout son stock de devises ; on parle de « saignée », à l’image de l’attaque de G. Soros contre la livre anglaise en 1992. Ce spéculateur américain avait vendu à découvert 10 milliards de £ pariant sur sa baisse, cela avait provoqué la sortie de la monnaie anglaise du SME.

Les interventions publiques de la Banque centrale pour influencer l’évolution des cours  du Dirham peuvent être  discrétionnaires, mais nécessaires pour agir sur l’équilibre du marché des changes. D’où la nécessité pour BAM de s’assurer de la capacité du pays à accumuler un stock optimal de devises, lui permettant d’évoluer dans un régime de change flexible.

Toute proportion gardée, rappelons qu’en 1998, pour enrayer la dépréciation du Yen contre le dollar sur les marchés internationaux, l’intervention conjointe de la Banque centrale du Japon et de la FED a donné lieu à 800 millions de dollars par les USA pour la seule journée du 17 juin et, probablement, plus de 10 milliards de dollars pour le Japon dans la journée du 3 avril (CAE, 1999).     

Aussi, pour conjurer le « doute raisonnable » sur  le choix du nouveau régime de change par BAM, le  Maroc, doit  véritablement s’appuyer sur une politique économique porteuse des conditions structurelles devant favoriser l’augmentation permanente des avoirs extérieurs.


Lire aussi
Flexibilité du Dirham : La justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?
8. Régime de change du Dirham : du rattachement au Franc français à une gestion plus active
Flexibilité du Dirham : La justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?
7. Taux de change d'équilibre du Dirham : artefact ou quête de Graal ?
Flexibilité du Dirham : La justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?
6. Flexibilité de change du Dirham et ouverture du compte de capital : levée de la dernière soupape ?
Flexibilité du Dirham : La justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?
5. Flexibilité du régime de change du Dirham : Quid du gain en indépendance de la politique monétaire ?
Flexibilité du Dirham : La justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?
4. Flexibilité versus fixité du régime de change du Dirham : quel impact sur le Pass–through ?
Flexibilité du Dirham : La justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?
3. La flexibilité du Dirham et effectivité de l'ancrage des anticipations au Maroc : une chimère !
Flexibilité du Dirham : La justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?
2. La flexibilité du Dirham et réserves de change : une hirondelle ne fait pas le printemps
Flexibilité du Dirham : La justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?
1. La flexibilité du Dirham : une stratégie courageuse ou périlleuse ?
Accueil Comité de gestion   Documents de travail   Vidéos 1, Rue Hamza, Agdal, Rabat, Maroc
Concept Chercheurs Articles Partenaires Tél: +212 661 22 72 21
Arguments Programme Editions digitales Liens utiles noureddine.elaoufi@gmail.com
Statuts Colloques et séminaires Blog Plan du site BMCI Rabat succursale, Angle Avenue Imam Malik & Ibrahim Tadili
Conseil académique Agenda Photos RIB : 013 810 01070 240004 001 67 94 / Code Swift : BMCI MAMCXXX