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Flexibilité du Dirham : La justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?

3. La flexibilité du Dirham et effectivité de l'ancrage des anticipations au Maroc : une chimère !

Nicolas Moumni | 13 Juin 2018
     

Se situant dans le droit fil des économistes monétaristes et de la Nouvelle Économie Classique (NEC), Bank Al Maghrib (BAM) vise, dans le processus progressif de flexibilité du Dirham à changer  l’ancrage nominal du taux de change au taux d’intérêt en vue de stabiliser les anticipations des agents économiques. Les économistes des anticipations rationnelles  (R. Barro, R. Lucas, E. Prescott ou  F. Kydland) formulent l’hypothèse selon  laquelle les agents économiques sont dotés d’une capacité de calcul et d’anticipations rationnelles tenant compte des informations disponibles leur permettant de déjouer, en adaptant leurs actions (incohérence temporelle), les politiques contra-cycliques publiques.

Dans le contexte institutionnel du Maroc, la question de l’effectivité des anticipations se pose. Théoriquement, la transparence de la Banque centrale et une communication régulière sur le taux d’intérêt directeur ont pour vocation de fixer les anticipations des opérateurs sur les taux d’intérêt à long terme réduisant ainsi la prime de risque sur les marchés financiers. Cependant, il faut relativiser  l’impact de cette transmission, sachant que de 2000 à 2016, Bank Al-Maghrib n’a modifié son taux directeur que 11 fois, alors que durant la même période, la BCE a procédé à 43 changements. De même, l’étroitesse du marché obligataire marocain, son opacité informationnelle, l’absence de market makers et de la notation des émetteurs réduisent considérablement son efficience. Par ailleurs, le manque chronique de liquidités et de profondeur du marché actions (dominé par 5 à 6 banques)  de la bourse de Casablanca est un facteur défavorable à son développement. Aussi, selon l’indice d’ouverture financière internationale « Chinn-Ito Financial Openness Index », le Maroc n’occupe que le 141ème rang sur 182 pays (FMI, 2018). Dans le même ordre d’idée, la faiblesse du salariat au Maroc, ne favorisant pas la canalisation des revenus vers les banques, réduit le potentiel d’une demande agrégée anticipée solvable génératrice de crédit.

Ces inefficiences interrogent sur l’effectivité de l’ancrage des anticipations. Ces imperfections réduisent, par conséquent, l’efficacité de transmission des taux d’intérêt et du crédit (principaux canaux) à l’économie marocaine. Selon la théorie financière standard, la répartition du patrimoine des ménages devrait être sensible à la politique des taux d’intérêt. Des taux bas inciteraient les ménages à l’investissement immobilier, alors que des taux élevés les orienteraient vers l’investissement financier (bourse). Mais, au Maroc, le comportement des agents économiques  semble être insensible aux modifications des taux d’intérêt de Bank Al-Maghrib dans la politique d’octroi  du crédit (Moumni et Nahhal, 2016). En effet, les chiffres indiquent qu’en 2016, les investisseurs particuliers n’ont contribué qu’à environ 2% des échanges sur le marché actions, contre 25% en 2008. La spéculation immobilière dans certains quartiers des grandes villes du Maroc capte une part importante de l’investissement.         

De par la forte dépendance du financement de l’investissement au crédit bancaire, l’étroitesse et l’imperfection des marchés financiers ainsi que la faiblesse du salariat au  Maroc, il convient de s’interroger sur l’occurrence de formation des anticipations et sur l’effectivité de leur ancrage sur une cible d’inflation, nécessaire à la mise en place du  processus de flexibilisation du taux de change du Dirham.

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