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Flexibilité du Dirham : La justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?

5. Flexibilité du régime de change du Dirham : Quid du gain en indépendance de la politique monétaire ?

Nicolas Moumni | 15 Novembre 2018
     

Historiquement un certain degré d’indépendance monétaire de Bank Al-Maghrib avait été obtenu grâce à une politique de taux de change fixe et au contrôle du compte de capital. Le taux de change du Dirham a été utilisé comme l’ancre nominale pour le niveau général des prix et l’évolution des salaires.  Parmi les arguments utilisés dans la transition vers le régime de change flexible du Dirham, les autorités monétaires marocaines se sont appuyées, notamment, sur la théorie monétariste standard selon laquelle la flexibilité de change permet d’augmenter l’indépendance de la politique monétaire. Cette dernière devrait être mobilisée dans la politique de stabilisation macroéconomique.

En effet, selon le courant théorique dominant, dans une économie  ouverte aux mouvements de capitaux et pratiquant un régime de change fixe, la politique monétaire n’est pas efficace pour stimuler l’activité économique ; la politique budgétaire serait plus efficace. En revanche, dans une situation similaire, le régime de change flexible rendrait la politique monétaire plus efficace pour stimuler l’économie marocaine, alors que l’utilisation d’une impulsion budgétaire conduirait à une appréciation du Dirham et à une perte de compétitivité économique. Le régime de flexibilité du taux de change ne limite pas la transmission du taux d’intérêt international vers le taux d’intérêt domestique. Cependant, d’après l’argument de crédibilité, le taux d’intérêt domestique aurait tendance à rester plus bas dans un régime de change fixe, ce qui est favorable à l’investissement et donc à la production.

Cette question reste, néanmoins, largement conditionnée par  le niveau de développement des marchés financiers. Le degré d’intégration financière des marchés marocains aux marchés internationaux depuis la décennie 1980 est,  certes, croissant, mais demeure relativement faible. Le système financier marocain souffre d’une insuffisance en instruments financiers permettant une absorption des chocs exogènes et une diversification des risques, dans un univers  ouvert aux flux de capitaux étrangers. La littérature invoque « l’hypothèse du péché originel ». Il s’agit d’une sorte de « sous-développement financier » qui, dans le cas du Maroc, ne lui permet pas (sauf à supporter des primes de risque très élevées) d’emprunter à l’extérieur en Dirham. Cela contraint le pays à s’endetter en devises.

Aussi, les résultats empiriques basés sur le modèle théorique de l’étude de J.-P. Allegret.,  M. Ayadi et.  L. Haouaoui Khouni (2008) apportent un point de vue différent sur l’attrait de la  flexibilité. En effet, pour ces auteurs, lorsque les entreprises sont tributaires dans leur financement de capital du crédit bancaire, comme dans le cas du Maroc, la réduction de la flexibilité du taux de change apporte davantage de gain. Par ailleurs,  l’étude empirique réalisée par Frankel, Schmukler et Servén (2002) des taux d’intérêt du marché monétaire à trois mois sur un échantillon de 46 pays sur la période 1970-1999, et prenant les USA comme pays  référent, nuance la question de l’indépendance monétaire. Les résultats de cette étude indiquent que pour les pays en développement, les régimes de change flexible ne procurent pas de gain significatif en matière d’indépendance monétaire.


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