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Flexibilité du Dirham : La justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?

7. Taux de change d'équilibre du Dirham : artefact ou quête de Graal ?

Nicolas Moumni | 15 Mars 2019
     

La flexibilité du Dirham vise une détermination du taux de change d'équilibre par les mécanismes de marché en lieu et place du mécanisme du prix administré par Bank Al-Maghrib. Pour Edwards (1989), le taux de change d'équilibre assure, à la fois, l'équilibre interne correspondant au niveau de la production permettant de mener au plein emploi et à une inflation soutenable et l'équilibre externe qui renvoie au niveau du compte courant pouvant être financé par des capitaux étrangers à moyen terme.

Mais, force est de constater que, depuis le passage au change flottant au milieu des années 1970, les mécanismes de marché n'ont pas permis la détermination des taux de change d'équilibre favorisant l'ajustement des balances des paiements au niveau mondial. La détermination du taux de change d'équilibre demeure un défi majeur pour les modèles macroéconomiques dont la performance n'est pas supérieure à la « marche au hasard ». Estimés sous forme structurelle ou réduite, les modèles monétaristes à prix flexibles ou celui de Dornbusch à prix rigides, s'appuyant sur les anticipations des marchés, n'ont pas de pouvoir prédictif (Bouveret et Sterdyniak, 2005). De ce fait, on peut s'interroger sur l'existence d'équilibres multiple. L'équilibre du taux de change supposé ne serait-il pas qu'un « artefact » imaginé par l'économiste pour doter son modèle d'un horizon long ?

Après l'étude de Bouoiyour J., Marimoutou V. et Rey S., (2004) soulignant la surévaluation, puis la sous-évaluation du Dirham entre les années 1960 et 1990, Hind Lebdaoui, (2013) s'est intéressée au comportement de son taux de change réel d'équilibre de 1980 à 2012. Elle a conclu que la monnaie marocaine est passée par trois périodes de sous/surévaluation allant de -2,80% à + 2,16% par rapport à son niveau d'équilibre estimé. D'après l'auteur, ces mésalignements nécessitent 5 à 6 ans pour être absorbés.

Aussi, dans ses rapports de l'article V, le Consulting Group of Exchange Rates du FMI (2016b) a procédé à une estimation du taux de change réel d'équilibre du Maroc sur la période 2006-2011*. Les résultats indiquent que le taux de change réel d'équilibre aurait évolué selon trois configurations. Durant l'année 2006, le taux de change réel effectif aurait été sous-évalué par rapport à son niveau d'équilibre. En 2008, le Dirham évolue dans le sens inverse pour revenir à son niveau d'équilibre. De 2008 à 2011, la monnaie marocaine s'oriente à nouveau vers une sous-évaluation par rapport à son niveau d'équilibre. La succession de ces trois phases s'est déroulée dans un contexte de fixité du régime de change. La transition en cours vers plus de flexibilité pourrait vraisemblablement accentuer les fluctuations du Dirham, et donc ses déviations par rapport à des niveaux successifs d'équilibres, « tenant en haleine » la banque centrale dans une quête de Graal insaisissable !

*Les variables macroéconomiques retenues sont : l'indice de restriction des échanges, le contrôle des prix, les termes de l'échange, les avoirs extérieurs nets, la consommation des administrations publiques et l'écart de productivité entre le Maroc et les 25 pays partenaires de l'échantillon


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