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Flexibilité du Dirham : La justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?

1. La flexibilité du Dirham : une stratégie courageuse ou périlleuse ?

Nicolas Moumni | 19 Février 2018
     

Le 15 août 1971 le Président américain Richard Nixon suspendit la convertibilité du dollar en or, mettant fin au régime de change fixe adopté lors des Accords de Bretton Woods en 1944. Durant la décennie 1970, les économistes monétaristes, à leur tête Milton Friedman, soutenaient que la flexibilité du régime de change allait permettre les ajustements automatiques des balances des paiements par les variations des taux de change, libérer les banques centrales de la contrainte de constitution des réserves de changes et devait faciliter la conduite de politiques monétaires autonomes. Que retient-on de cette transformation structurelle majeure du Système monétaire et financier international (SMFI) ? Pendant la première moitié de la décennie 1980, les fluctuations insoutenables du dollar américain, en provoquant des désordres monétaires et économiques, avaient semé un sérieux doute sur la capacité des marchés à déterminer les niveaux d’équilibre des taux de change. Les réserves officielles de changes ont été multipliées par 8 entre 1970 et 1984 (Aglietta, 1986).

Le 15 janvier 2018, après de multiples tergiversations et reports, les autorités monétaires marocaines sous l’égide de Bank Al-Maghrib (BAM) ont entamé un processus progressif et prudent de flexibilité du Dirham. BAM s’est appuyée sur une conjoncture économique favorable en matière de fondamentaux macroéconomiques : une inflation basse, des réserves de changes supérieures à 3 mois d’importations et un taux de couverture de la dette à court terme dépassant 100% (indicateur ARA Metric).

Ce scénario d’évolution optimiste reste, néanmoins, largement conditionné par le degré d’ouverture du compte de capital et par la réglementation de change en vigueur constituant un « garde fou essentiel ». Car l’histoire des crises de change et des attaques spéculatives sur certaines devises rappelle de fortes externalités. En 1998, les conséquences des attaques spéculatives étaient lourdes pour certains pays asiatiques émergents comme l’Indonésie.

La Banque centrale prévoit de modifier son ancrage nominal du taux de change vers le taux d’intérêt et, par conséquent, de faire évoluer sa politique monétaire vers le ciblage de l’inflation afin de mieux ancrer les anticipations. Cependant, l’importance du secteur informel, où les transactions commerciales et le versement des salaires se font largement en liquide, ainsi que le faible niveau de développement des marchés financiers marocains interrogent sur la pertinence du ciblage de l’inflation. Les bienfaits théoriques attendus de la flexibilité (Mundell, 1968) pourraient se refléter dans la dépréciation du Dirham en améliorant la compétitivité-prix des exportations marocaines et, par la même occasion, permettre d’alléger la contrainte extérieure (déséquilibres extérieurs). La dévaluation n’est pas une stratégie pérenne. L’augmentation de la compétitivité des exportations passe par la modernisation de l’industrie et, donc, par l’amélioration de la qualité de sa production à travers, notamment, l’innovation et l’investissement dans les produits à forte valeur ajoutée. En définitive, la question de la pérennité des fondamentaux de l’économie marocaine doit se poser et le rapport coût/bénéfice tiré de l’histoire du SMFI laisse plutôt dubitatif sur la soutenabilité de l’objectif à terme de flottement du Dirham.


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