Accueil > Blog
BLOG
Dits et contredits sur la dette publique
3. L'assimilation de l'Etat au ménage : une analogie trompeuse
Redouane Taouil | 18 Mars 2019
     

La rhétorique de la dette publique attribue au raisonnement analogique une place insigne. Aussi, use-t-elle de figures qui assimilent l’Etat à un ménage accréditant l’idée que le décideur public doit veiller, à l'instar d'un bon père de famille, à la mise en place d'une gestion saine des finances publiques en vue de préserver l’équité entre générations. Quoi que largement consacrée, cette assimilation est arbitraire et, son corollaire, la réprobation du déficit public, privée de pertinence.

« L'Etat, comme tout ménage, ne doit pas vivre au-dessus de ses moyens ».  Les effets persuasifs de cette formule, souvent placée au rang d’adage, sentence sont d'autant plus significatifs que le vocable de déficit renferme une forte charge négative. Il est  associé au « gaspillage », à la « mauvaise gestion publique » ou à « l'éviction de l'initiative privée », tandis que les politiques budgétaires restrictives sont parées des qualités d'  « assainissement », «  de rigueur » ou de « mise en ordre des finances publiques ». Placer le décideur public au rang d'un simple agent micro-économique est pour le moins abusif. D'abord, il n'est pas essentiellement une unité de consommation; les dépenses publiques comprennent, outre les dépenses courantes, les investissements en capital qui représentent des dépenses productives. Ensuite, l'Etat possède le pouvoir de prélèvement de l’impôt et, par conséquent, la capacité d’agir directement sur le niveau de ses ressources et d’ajuster sa contrainte budgétaire. Enfin, en tant que décideur de la politique macro-économique, l'Etat affecte, de par ses mesures et ses modalités d'intervention, les grandeurs globales telles que la consommation, l'investissement, la production, l'emploi, la croissance.

En gommant ainsi la spécificité de l’Etat, la démarche analogique considère que l’endettement entraîne le sacrifice des générations futures et disqualifie le recours au déficit. Ce faisant, elle se substitue à l’argumentation analytique. Or, L’emprunt public possède bien des vertus. D’une part, il permet de diversifier et  répartir les risques sur l’ensemble des contribuables.  Le ménage, quant à lui, doit supporter le risque financier individuellement. D’autre part, les dépenses publiques d’investissement financées par la dette élargissent l’assiette fiscale et  améliorent les capacités de remboursement, en même temps qu'elles lèguent aux générations futures un stock de capital créateur de revenus et exercent des retombées positives sur les inégalités.

Les analogies « sont – écrit Peter Achinstein - utilisées pour promouvoir la compréhension … [en] indiquant des similarités entre ces concepts et d’autres qui peuvent être plus familiers ou plus aisément saisissables ». Inadéquate, la représentation du décideur public comme père de famille n’a pas de valeur didactique car la similarité postulée est infondée, ni de valeur heuristique en ce qu’il n’élucide pas les caractéristiques propres de la dette publique.


Accueil Comité de gestion   Documents de travail   Vidéos 1, Rue Hamza, Agdal, Rabat, Maroc
Concept Chercheurs Articles Partenaires Tél: +212 661 22 72 21
Arguments Programme Editions digitales Liens utiles noureddine.elaoufi@gmail.com
Statuts Colloques et séminaires Blog Plan du site BMCI Rabat succursale, Angle Avenue Imam Malik & Ibrahim Tadili
Conseil académique Agenda Photos RIB : 013 810 01070 240004 001 67 94 / Code Swift : BMCI MAMCXXX