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Changer de modèle, mais quel modèle ?
3. La croissance molle a la vie dure
Redouane Taouil | 23 Avril 2018
     

Les politiques d’offre, proférées aujourd’hui en chœur comme remède à l’insuffisance de la croissance, sont bel et bien mises en œuvre. Leurs performances contrastent avec les vertus qui leur sont prêtées. La trajectoire de l’économie marocaine durant 2012-2016 se caractérise par un fléchissement de la croissance,  une décélération de la demande intérieure, une baisse continue du taux d’emploi et la persistance d’un chômage à forte proportion de jeunes. Après une croissance moyenne annuelle de 4,7 % entre 2000-2011,  le produit intérieur brut enregistre une progression  de 3,2%, soit 2,3 points en moins que celle ciblée par le décideur public. A son tour, le rythme de croissance de la valeur ajoutée des secteurs non agricoles se situe à 3,4% marquant ainsi une baisse de 1,1% comparativement à la période 2000-2011. Cette performance atteste qu’il y a loin entre l’inflexion dans la trajectoire de croissance de ces secteurs envisagée par les plans d’actions du gouvernement et la réalité. La demande domestique connait un net ralentissement suite à la décélération qu’ont connue la consommation publique et de l’investissement en 2013. Le taux d’emploi, qui désigne la part de la population active occupée dans la population en âge d’activité, accuse une baisse continue en passant de 44,1 % en 2012 à 41,7% à 20016. Dans ce contexte, le taux de  chômage national est passé durant le quinquennat de 9% à 10% et celui des jeunes de 33,5% à 38%. Ces évolutions tiennent aussi bien à l’essoufflement du BTP après une décennie glorieuse (2002-2011), à la faible et hésitante croissance du secteur industriel qu’à l’insuffisance persistance de la demande extérieure et aux fluctuations des activités agricoles.

La réforme des marchés des produits engendre des effets à l’inverse de ceux escomptés, comme le prouve le programme de décompensation des produits pétroliers. Après  le retrait des subventions,  la décision des prix est devenue le fait des entreprises de distribution. A examiner l’impact de cette mesure, on s’aperçoit qu’elle n’a pas accru l’intensité de la concurrence, ni amélioré l’efficience. D’une part, les entreprises, qui étaient en position dominante dans le cadre du système des subventions, ont renforcé leur pouvoir de marché en mettant à profit l’organisation de leurs réseaux de distribution. La suppression de ce système leur donne ainsi l’avantage de fixer les prix et les marges selon leur convenance. Aussi, elles sont enclines à adopter des comportements asymétriques en répercutant  les hausses des prix et non les baisses. Dans ce contexte, le passage d’une offre administrée à une offre, censée être concurrentielle, ne bénéficie pas au consommateur. D’autre part, la décompensation se traduit par la pratique d’une marge libre  qui   conduit au  gonflement des rentes. Des calculs des deux  marges  mettent en évidence un écart d’une moyenne de 116 dollars la tonne. La marge libre a enregistré entre janvier et juin 2016 une hausse d’à peu près  25%,  soit un surcroît de  14% par rapport à la cotation de base.

Au total, les politiques de l’offre conduisent, de par leurs effets pervers à une insuffisance de… l’offre effective coûteuse en emplois et bien-être social.


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