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Changer de modèle de croissance, mais quel modèle ?
1. Qualifier le profil de la croissance de modèle de demande est erroné
Redouane Taouil | 26 Février 2018
     

« La plupart des hommes cherchent à obtenir des réponses, et non à se pencher sur les questions elles-mêmes ». Le débat en cours sur le modèle de croissance de l'économie marocaine, semble conforter fortement ce propos de Michel Meyer. En effet, la plupart des interventions se placent sous le signe du renouvellement du modèle de croissance mais ne s'interrogent guère sur la nature du régime de croissance à l'œuvre. Quand c'est le cas, un propos majeur fait l'objet d'un large consensus : l'économie marocaine est supposée tirée par la demande intérieure. Un tel propos est, à l'examen, sujet à discussion : la politique économique ne repose pas sur la stimulation de la demande. Les leviers budgétaire et monétaire comme les réformes des institutions des marchés relèvent, au contraire, des stratégies de l'offre.

« Changer de modèle » est désormais le maître mot. Cet appel se ramène à une affirmation lapidaire : des politiques d'offre sont en mesure d'apporter des réponses opportunes et appropriées à la relance de la croissance. L'argument avancé à cet effet est que le modèle en vigueur, supposé reposer sur la demande domestique, manifeste des signes d'essoufflement. A y regarder de près, cet argument est contestable tant il procède d'une conclusion défectueuse de l'évaluation des contributions des composantes de la demande à la croissance globale.

La méthode de cette évaluation consiste à déterminer, à partir de l'égalité entre l'offre et les composantes de la demande, à savoir la consommation des ménages, l'investissement, les dépenses publiques et les exportations, comment la croissance de l'activité économique provient de l'évolution de chacun de ces agrégats. La contribution de chaque composante est donnée par le produit de leur rythme de croissance et de leur poids respectif dans le PIB.

Il découle de ce calcul que c'est la contribution de la consommation qui est la plus importante, tout simplement parce qu'elle pèse beaucoup dans l'évolution de l'activité. En déduire qu'elle est le moteur de la croissance et que la politique économique favorise la demande, c'est franchir un pas que n'autorise pas l'évaluation purement comptable afférente.

Affirmer que le modèle de croissance est tiré par la demande revient en fait à supposer que la politique économique mise en œuvre accorde la priorité à la stimulation de la demande par le biais des dépenses publiques et le soutien à la consommation au moyen de hausse de revenus des ménages ou de baisse d'impôts. Ce n'est, à l'évidence, pas le cas. La politique budgétaire n'obéit pas, en effet, à cette orientation. Contrainte par le seuil de déficit public de 3%, elle est soumise à des règles qui imposent la maîtrise des finances publiques comme l'attestent les ajustements restrictifs opérés durant le quinquennat 2012-2016.

La hausse des charges des produits subventionnés a conduit les autorités budgétaires à ouvrir une fenêtre d'opportunité en lançant la décompensation des hydrocarbures et en procédant à des coupes claires dans les dépenses d'investissement. Après avoir atteint 7, 3% en 2012, le déficit est réduit à 3,8% en 2016.

Ces dispositions, qui participent d'un ralentissement de la demande, sont justifiées par un argument issu du référentiel de l'offre, selon lequel la demande d'investissement public évince, de par la hausse du taux d'intérêt qu'elle induit, la demande privée.

De son côté, la politique monétaire est guidée par l'impératif de crédibilité. Elle a pour objectif primordial d'assurer la stabilité des prix et de créer des conditions favorables à une affectation efficiente des ressources par les agents et par conséquent, à un niveau optimal de l'offre globale. En réponse à la décélération du crédit bancaire et à ses effets sur l'investissement, la production et l'emploi, la Banque centrale a révisé, à deux reprises, le taux d'intérêt. Ce desserrement n'a pas entrainé une montée de l'offre de crédit et de la quantité de monnaie en circulation. Loin d'atténuer la réticence des banques à l'octroi du crédit, il en a durci les conditions.

L'anticipation de l'insuffisance des débouchés a accentué les frictions financières en renforçant l'asymétrie d'information entre prêteurs et emprunteurs et la perception des risques de vulnérabilité et d'insolvabilité. La politique monétaire a pâti, dans ce contexte, d'un déficit de demande globale. Dès lors, la combinaison des instruments monétaire et budgétaire ne s'apparente pas à une politique active de gestion de la demande. S'agissant des plans sectoriels, ils relèvent manifestement de la logique de l'offre comme en témoignent leurs dispositifs d'incitation. De son côté, la décompensation des produits pétroliers vise à accroître le degré de concurrence sur le marché des produits et introduire plus de flexibilité sans interférer avec les conditions de la demande.

En définitive, les avocats des politiques de l'offre appellent de leurs vœux des stratégies qui caractérisent précisément le profil de la gouvernance macroéconomique au Maroc. De ce fait, Ils procèdent comme le Bourgeois Gentilhomme de Molière qui disait de la prose sans s'en rendre compte.


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