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Changer de modèle, mais quel modèle ?
4. Contresens sur une équation
Redouane Taouil | 28 Mai 2018
     

« La croissance est tirée par la demande intérieure ». Cette thèse, très largement partagée, tient lieu d’une clé explicative des performances de l’économie nationale et d’argument de taille en faveur des politiques de l’offre. A force d’être répétée, elle passe pour une évidence placée au-dessus de tout soupçon. Or, l’équation, qui en est la pierre angulaire, renferme des contresens qui la privent de validité et compromettent sa prétention à la pertinence.

Cette équation, qui exprime l’égalité entre l’offre et les composantes de la demande globale, s’écrit :

sch1

Y est le produit intérieur brut, C la consommation finale, I l’investissement, X les exportations et M les importations.

La transformation de cette relation permet d’obtenir :

sch2

L’évaluation de la croissance consiste à déterminer comment le comportement de l’activité économique dépend de l’évolution de chacun  des agrégats constitutifs de la demande : la contribution de chaque composante est donnée  par le  produit de son rythme de progression et  son  poids respectif dans le PIB. A ce titre, elle implique que la production est nécessairement influencée par l’importance de la demande et de son mouvement.

Une telle démarche enveloppe de multiples conséquences. D’abord, l’optique de dépense dans laquelle se situe l’équation impose de relier la croissance exclusivement aux deux fractions de la demande globale : la demande intérieure et la demande étrangère. Ainsi, à la croissance de l’économie marocaine, qui s’est établi en 2016 à 1,5%, la contribution de la consommation finale a été de 2,4%, celle de l’investissement de 3,5% tandis que celle des échanges extérieurs a été négative, soit  - 4,7%. Ensuite,  considérer que l’importance prépondérante de la demande intérieure est due à la politique économique et prôner, en conséquence, une réorientation  en faveur de stratégies exportatrices, c’est franchir un pas que n’autorise pas l’équation comptable. D’une part, si la contribution de la demande intérieure est la plus importante, c’est parce que les dépenses de consommation et d’investissement sont  d’un poids considérable dans l’activité. D’autre part, le soutien de la compétitivité-coût par le biais de la modération salariale, que d’aucuns appellent de leurs vœux, présente le risque de renforcer le la trappe de la faible productivité et des bas salaires. De ce fait,  il ne saurait constituer un stimulant de la croissance, a fortiori s’il s’exerce au détriment de la demande intérieure.

Enfin, la comptabilité de la croissance dans l’optique de la dépense ne permet pas de rendre des conclusions nécessaires quant au diagnostic des performances de l’économie et à des préconisations. Un tel diagnostic appelle l’analyse de la nature et l’impact des politiques conjoncturelle et structurelle, et d’aller au-delà de cette compatibilité dont l’équation a pour fonction essentielle de mesurer les parts de la demande intérieure et du solde extérieur dans la formation du revenu.

« Changer d’idées » comme le recommande le philosophe de l’esprit, Gilbert Harman, requiert la révision des conceptions et des croyances fussent-elles profondément ancrées.


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