Accueil > Blog
BLOG
Dits et contredits sur la dette publique
2. La dette publique comme fardeau : une métaphore fallacieuse
Redouane Taouil | 6 Février 2019
     

L’endettement public est systématiquement vu comme un fauteur d’instabilités et un ennemi de la croissance et du bien-être social à long terme. Cette supposée nocivité doit largement à l’utilisation de figures de style qui tiennent l’emprunt public pour un fardeau qui hypothèque les conditions des générations futures par la charge de la dette. Pareille métaphore, qui est partagée dans le forum scientifique comme dans ceux des décideurs politiques et de l’expertise, apparaît, à l’examen, viciée : loin d’éclairer les enjeux de cette modalité de financement du budget public, elle en fausse la compréhension.

« Nous ne devons pas léguer le poids de la dette aux générations futures ». Cette antienne, proférée à intervalles réguliers suite à la publication de rapports sur les évolutions de l’économie nationale, procède d’une pratique métaphorique censée assumer une fonction didactique. Il s’avère cependant que cette pratique va au-delà en prétendant apporter des preuves en faveur de l’idée selon laquelle l’endettement est mauvais par nature. Il y a là une double méprise.  D’une part, pour appréhender l’impact de la dette publique, il est nécessaire non seulement de prendre en compte son niveau, mais aussi sa structure. A cet égard, la distinction entre dette interne et dette externe est primordiale en ce que l’une et l’autre ne sont pas de même nature. Dans le cas où la dette est détenue par des nationaux, les créances sont identiquement égales à l’emprunt public. Il s’agit là de transferts entre contemporains : une fraction de l’épargne est prêtée à l’Etat, lequel puise dans ses recettes fiscales pour honorer ses remboursements et verser des intérêts auprès de ses créditeurs. Il n’y a là aucune raison de considérer que l’emprunt public est une charge. A en juger par la prédominance de la dette interne au Maroc, la métaphore du fardeau est une idée reçue d’autant plus… irrecevable que la  contrainte sur l’endettement ne dépend que de la confiance des agents qui se portent acquéreurs des titres publics. La dette externe, quant à elle, influe sur la charge pour les générations futures mais aussi sur la richesse en termes de stock de capital et d’avoirs nets sur l’étranger. D’autre part, qu’elles soient financées par l’endettement domestique ou extérieur, les dépenses publiques lèguent aux générations futures des infrastructures, des hôpitaux, des écoles. Cet impact, que l’image du fardeau exclut, ravale au rang de charge ce qui constitue un atout. Ainsi, les dépenses de santé aujourd’hui peuvent avoir une double incidence positive demain. Les générations futures héritent des avantages en termes de qualité des soins mais aussi en termes d’éducation si la génération actuelle investit dans la formation de ses descendants.

A en juger par le poids que possède la métaphore du fardeau dans la rhétorique de la dette publique, on doit se prémunir, comme le préconise Paul Valéry contre « le mal de prendre (…) une métaphore pour une démonstration ».

 


Accueil Comité de gestion   Documents de travail   Vidéos 1, Rue Hamza, Agdal, Rabat, Maroc
Concept Chercheurs Articles Partenaires Tél: +212 661 22 72 21
Arguments Programme Editions digitales Liens utiles noureddine.elaoufi@gmail.com
Statuts Colloques et séminaires Blog Plan du site BMCI Rabat succursale, Angle Avenue Imam Malik & Ibrahim Tadili
Conseil académique Agenda Photos RIB : 013 810 01070 240004 001 67 94 / Code Swift : BMCI MAMCXXX