BLOG
Prééminence de la politique monétaire dans la conduite de la politique économique
1. Ambivalence de la monnaie : du don/contre-don à la « révolution lucasienne »
Nicolas Moumni | 15 Septembre 2019

Depuis la nuit des temps, des sociétés «traditionnelles» à notre époque moderne, la monnaie objet de désir, de thésaurisation, de cupidité, mais aussi de violence, fascine, intrigue et divise théoriciens et dirigeants politiques sur sa nature et sur son rôle dans les systèmes économiques. Pour les courants classique et néo-classique, la monnaie n'est qu'un instrument neutre facilitateur des échanges, évitant le troc et est sans effets sur l'activité économique. Mais pour les économistes d'obédience keynésienne, la monnaie a une influence sur la production et l'emploi. Selon le Mainstream, la politique monétaire subordonne la politique budgétaire dans la conduite de la politique économique.

Mais les anthropologues soulignent que le « fait monétaire » est bien plus que cela et serait antérieur à nos sociétés contemporaines. Dans Monnaie souveraine, un livre pluridisciplinaire, dirigé par Michel Aglietta et André Orléans (1998), il est écrit que « la monnaie n'appartient pas exclusivement, ni même prioritairement à l'économie. Son acceptation ne se réduit pas à un calcul rationnel des coûts et des avantages, mais mobilise des croyances et des valeurs au travers desquelles s'affirme l'appartenance à une communauté» (page 7). Dans leur analyse, des économistes et des anthropologues ont débattu sur les différentes dimensions du « fait monétaire » telles que : souveraineté, légitimité, valeurs, hiérarchie et dette. Ils font l'hypothèse que «la monnaie procède de la dette dans son rapport à la souveraineté». Il s'agit de la « dette primordiale » qui serait une « dette de vie » liant les individus vivants et la continuité de la société dans sa totalité. Ces auteurs rapportent que dans l'Inde védique, par exemple, la dette de vie est le signe d'une dépendance des individus à l'égard des dieux et ancêtres. Ce don reçu des dieux met ces individus dans l'obligation de racheter pendant leur existence cette jouissance de la vie par, notamment, la pratique du rite sacrificiel, pouvant les conduire à leur propre mort. Il s'agit du don/contre-don des sociétés archaïques.

Plusieurs siècles plus tard, entre 1797 et 1821, à la suite de la suspension par la Banque d'Angleterre de la convertibilité or illimitée des billets, la politique monétaire avait divisé « bullionistes » (Currency School) et « antibullionistes » (Banking School) sur la nature endogène/exogène de la monnaie.

Plus près de nous, la lutte contre l'inflation* mondiale des années 1970 avait conduit à la montée du courant monétariste, succédant à la domination des idées keynésiennes d'après-guerre où la politique monétaire était supposée avoir un rôle actif dans la relance de l'activité, au moins à court terme. Robert Lucas (1976) (mais aussi Barro, Sargent et Wallace) révolutionna le courant néoclassique en théorisant le rôle d'ancrage des anticipations rationnelles dans la lutte contre l'inflation, objectif majeur assigné aux banques centrales, devenues majoritairement indépendantes. L'apport méthodologique de Lucas, en s'appuyant sur le fondement microéconomique du comportement d'un agent représentatif, concerne la capacité des agents économiques rationnels, et bien informés, à anticiper la survenance d'inflation future suite aux actions présentes des pouvoirs publics.

Aussi, pour le courant orthodoxe dominant, la préservation de la valeur de la monnaie par la politique de lutte contre l'inflation est érigée en « obsession » doctrinale. Mais, paradoxalement, les outils non conventionnels mis en place (taux directeurs négatifs et achats d'obligations, notamment), depuis la crise financière de 2008, par les grandes banques centrales pour lutter contre la déflation, relancer l'économie et faire remonter l'inflation ne sont-ils pas entrain de montrer les limites théoriques de la prééminence de la politique monétaire et le retour en grâce de la politique budgétaire ?

* En octobre 1979, aux USA dans son durcissement de la politique monétaire, la FED avait rompu avec le contrôle quantitatif de la masse monétaire, au profit de l'instrument de taux d'intérêt directeur. Rupture qui avait provoqué une hausse brutale des taux d'intérêt dans le monde.

Flexibilité du Dirham : la justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?
10. Taux de change comme variable d'ajustement plus flexible : mythe ou réalité ?

Flexibilité du Dirham : la justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc
9. Libéralisation financière : de la convertibilité partielle à la flexibilité du Dirham

Prééminence de la politique monétaire dans la conduite de la politique économique
1. Ambivalence de la monnaie : du don/contre-don à la « révolution lucasienne »

Flexibilité du Dirham : La justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?
8. Régime de change du Dirham : du rattachement au Franc français à une gestion plus active

Flexibilité du Dirham : La justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?
7. Taux de change d'équilibre du Dirham : artefact ou quête de Graal ?

Flexibilité du Dirham : La justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?
6. Flexibilité de change du Dirham et ouverture du compte de capital : levée de la dernière soupape ?

Flexibilité du Dirham : La justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?
5. Flexibilité du régime de change du Dirham : Quid du gain en indépendance de la politique monétaire ?

Flexibilité du Dirham : La justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?
4. Flexibilité versus fixité du régime de change du Dirham : quel impact sur le Pass -through ?

Flexibilité du Dirham : La justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?
3. La flexibilité du Dirham et effectivité de l'ancrage des anticipations au Maroc : une chimère !

Flexibilité du Dirham : La justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?
2. La flexibilité du Dirham et réserves de change : une hirondelle ne fait pas le printemps

Flexibilité du Dirham : La justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?
1. La flexibilité du Dirham : une stratégie courageuse ou périlleuse ?

Accueil Comité de gestion   Documents de travail   Vidéos 1, Rue Hamza, Agdal, Rabat, Maroc
Concept Chercheurs Articles Partenaires Tél: +212 661 22 72 21
Arguments Programme Editions digitales Liens utiles noureddine.elaoufi@gmail.com
Statuts Colloques et séminaires Blog Plan du site BMCI Rabat succursale, Angle Avenue Imam Malik & Ibrahim Tadili
Conseil académique Agenda Photos RIB : 013 810 01070 240004 001 67 94 / Code Swift : BMCI MAMCXXX