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Flexibilité du Dirham : la justification théorique est-elle en adéquation avec les spécificités économiques et institutionnelles du Maroc ?
10. Taux de change comme variable d'ajustement plus flexible : mythe ou réalité ?
Nicolas Moumni | 15 Janvier 2020

Les régimes de change plus rigides qui ont, souvent, la faveur des pays en développement et des pays de l'Est en transition économique constituent un rempart relativement efficace contre l'inflation importée au fur et à mesure que les économies s'ouvrent au commerce international et épargnent, de ce fait, des hausses des taux d'intérêt préjudiciables à l'investissement productif et à la croissance économique.

Cependant, l'accroissement des échanges avec l'extérieur et l'ouverture des économies en voie de développement accentuent la concurrence à l'exportation. Cela pousse ces pays à être vigilants sur la surévaluation potentielle de leurs monnaies dans un régime de change fixe ou quasi fixe (ancrage sur une devise ou sur un panier de monnaies). De même, d'après la théorie dominante, l'ouverture de leur compte de capital est de nature à rendre les régimes de change rigide plus vulnérables aux crises de change et bancaires.

Le FMI a fait depuis les années 1990 la promotion du régime de change flexible auprès des anciens pays de l'Est, des pays émergents et en développement, dont le Maroc. Pour appuyer ses recommandations, il a fourni des études empiriques de référence (1999 et 2003) dont celle (2009) qui porte sur la période 1980-2006 à partir de nombreuses données de ses pays membres (Ghoh et Ostry, 2012).

Lorsque les économies étaient relativement peu ouvertes sur l'extérieur, le taux de change reflétait l'économie réelle, il résultait de l'état de la balance des paiements sur les opérations relatives aux biens et services. L'ouverture du compte de capital conduisant, théoriquement, à une plus grande mobilité des capitaux, le taux de change va avoir plus vocation à varier selon les arbitrages de portefeuilles d'actifs. Le cours des monnaies obéit davantage à l'état de l'offre et de la demande en devises. Mais au Maroc, les investissements de portefeuilles ne donnent pas lieu au développement d'un marché interbancaire de devises où le cours de change du Dirham serait la variable d'équilibre. Les volumes échangés sont très modestes. D'après Moody's (2019), au 3ème trimestre 2017, les besoins en vente de devises liés à l'import/export représentaient 40 milliards MAD et la position de change nette moyenne des banques marocaines était de 4,4 milliards MAD. Les dépôts en devises des banques sont estimés à 4,6% seulement du montant total de leurs dépôts.

L'argument théorique repris dans le cas du Maroc est que la fixité du régime de change ne permet pas de faire face aux chocs asymétriques exogènes étant donné la rigidité du marché du travail. Selon la théorie standard, en l'absence de flexibilité des salaires réels, la flexibilité du taux de change du Dirham facilitera l'ajustement. Cette assertion est-t-elle fondée ? Selon le HCP, le taux de chômage était de 10,2% fin 2017, celui des jeunes âgés de 15 à 24 ans atteint 26,5% (et 42,8% en milieu urbain). Cette situation constitue de fait un élément de flexibilisé salariale. Les entreprises ont un pouvoir exorbitant en matière de fixation de salaire pour la première embauche*. Le marché du travail au Maroc, du fait d'un excès de main-d'oeuvre (souvent très qualifiée) est de fait très flexible.

En définitive, les structures et spécificités de l'économie marocaine ne permettent pas encore au taux de change nominal de constituer une variable d'ajustement plus flexible aussi bien sur les marchés de capitaux que sur celui du travail.

* Certaines entreprises vont jusqu'à ne pas rémunérer certains salariés diplômés (ingénieurs notamment) durant les 6 premiers mois arguant de leur fournir une première expérience (inadmissible !).

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