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Ci-après le « mot » que j’ai prononcé lors de la cérémonie d’ouverture de la « Chaire d’économie du développement » (ledmaroc.ma et fsjes-agdal.um5.ac.ma) le mercredi 21 juin 2023 à la Faculté des Sciences Juridiques, Économiques et Sociales Agdal). Ouverture qui a été suivie d’une table-ronde sur le thème « L’idée de développement chez Amartya SEN entre orthodoxie et hétérodoxie » avec la participation avec moi de Saïd HANCHANE et Éric KADIO (Université Mohammed VI Polytechnique)

« A quel endroit diriez-vous que vous êtes chez vous ? » m’a un jour demandé à Londres un journaliste de la BBC avec lequel je m’apprêtais à enregistrer un entretien », écrit Amartya Sen dans son dernier livre autobiographique Citoyen du monde (Fayard, 2022). Il poursuit : « Il était (le journaliste) en train de jeter un œil à une sorte de biographie me concernant : « Vous venez de déménager d’un Cambridge à un autre – et de Harvard à Trinity -, vous avez vécu des décennies en Angleterre, mais vous êtes encore citoyen indien et j’imagine que votre passeport comporte d’innombrables visas. Alors où êtes-vous chez vous ? » C’était en 1998, alors que je venais d’être élu Master (président) de Trinity College (c’est d’ailleurs pour cela que l’on m’interviewait).« Je me sens tout à fait chez moi en ce moment même », ai-je répondu avant d’expliquer que mes liens avec Trinity étaient des liens de longue date puisque j’y avais fait mon premier cycle universitaire, puis mon doctorat avant d’y obtenir un poste de chercheur, puis d’enseignant-chercheur… ».

Je me sens tout à fait chez moi en ce moment même, ici, dans cette université, dans cette faculté où j’ai fait ma licence, puis mon DES, puis mon doctorat. C’est ici que j’ai obtenu, dans le cadre d’un concours, mon poste d’Assistant, et c’est ici que j’ai fait ma carrière de Maître- Assistant, de Maître de conférences, puis de PES.

C’est cette faculté qui a décidé d’accepter mes travaux de DES sur « La Marocanisation et le développement de la bourgeoisie » (sous la direction du professeur A. BELAL), puis de thèse sur « La soumission du travail au Maroc » (travaux dirigés par le professeur F. OUALALOU).

C’est dans cette faculté que j’ai dispensé tous mes enseignements : d’abord les travaux dirigés de microéconomie (avec le professeur Michel MORET), de problèmes structurels de développement (avec A. BELAL, F. OUALALOU, D. BENALI, respectivement), ensuite les cours d’épistémologie économique, de gestion des ressources humaines, d’économie du travail et d’économie des organisations.

C’est ici que j’ai été élu chef du département de sciences économiques, que j’ai coordonné un Master recherche en économie des organisations et un Master spécialisé en économie des territoires, et que j’ai encadré plusieurs thèses de doctorat.

C’est ici que j’ai pris ma retraite. C’est ici que je tente aujourd’hui une nouvelle expérience collective en lançant avec des collègues cette « Chaire d’économie du développement » dédiée à la recherche, à la recherche par la recherche.

Le thème est loin d’être un thème spécifique, casuel, éventuel. Le développement est un objet central de l’économie politique. Certes, il a connu une sorte de déclassement, depuis quelques années, à la fois dans les enseignements et dans la recherche, mais les problèmes structurels de développement n’ont pas disparu pour autant, au contraire. Les concepts de développement humain, durable, inclusif ont aujourd’hui une place prépondérante y compris dans le lexique des institutions financières internationales (PNUD, Banque mondiale, FMI). Les travaux de la Commission spéciale sur le modèle de développement invitent à repenser cette problématique majeure et à explorer, à nouveaux frais, les perspectives économiques pour notre pays. La « Chaire d’économie du développement » compte y contribuer.

Le professeur Farid El Bacha, en tant que Doyen de la Faculté a dès le départ salué l’initiative. Il y a cru, il m’a fait confiance et, aujourd’hui, en tant que président par intérim de l’Université Mohammed V de Rabat il donne sa chance au projet en signant la convention relative à la création de la « Chaire d’économie du développement ». Je tiens à lui prodiguer mes remerciements les plus sincères et à lui exprimer ma reconnaissance et mon amitié indéfectible.

Le LED qui est une association à caractère scientifique et à but non lucratif, c’est aussi ici qu’il a été fondé à l’origine dans le but d’offrir aux doctorants un espace d’encadrement et d’exercice méthodologique. L’expérience acquise par le LED en matière de recherche sera mise au service de la « Chaire » et l’équipe qui l’anime apportera son soutien à ses programmes et activités scientifiques.

Cinq engagements de la « Chaire » : i) promouvoir une recherche d’excellence dans le domaine économique en général et du développement en particulier ; ii) porter plus haut la formation à la recherche par la recherche ; iii) offrir aux doctorants qui le souhaitent des opportunités d’encadrement complémentaire ; iv) contribuer à la diffusion de travaux de qualité sur les problèmes du développement national; v) constituer un lieu d’échange et de débat ouvert entre les chercheurs.

L’engagement suppose de s’engager, et on dit que la performance c’est les moyens x l’engagement. La définition juridique de l’engagement renvoie à deux types d’action : « mettre en gage » et « se lier par une promesse ou une convention ».

Voici donc la « Chaire » « mise en gage », « liée par une convention », engagée dans la durée grâce à l’engagement des jeunes chercheurs qui vont l’inscrire, je l’espère, pour longtemps dans l’avenir de notre université.

 Je remercie encore une fois Farid El Bacha d’avoir accepté d’ouvrir cette cérémonie et Abdelaziz LAAROUSSI, Vice-Doyen chargé de la Recherche scientifique, Partenariat et Coopération pour avoir bien voulu prononcer un « mot d’ouverture » à la fois bienveillant et stimulant.

Je tiens également à remercier Saïd HANCHANE qui m’a accompagné tout au long de ce projet depuis l’idée jusqu’à la mise en œuvre en passant par des péripéties quelques fois désagréables et en se heurtant à des obstacles souvent absurdes. Mes remerciements vont aussi à Hassane ZOUIRI, Vice-Doyen chargé des Affaires académiques, pédagogiques et Vie estudiantine pour son appui constant et à Safae AKODAD, doctorante, dont l’engagement à mes côtés a toujours été sans faille.