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  1. Bourse de Casablanca : « vitrine » ou levier effectif de financement de l’économie ?

Dans une logique de modernisation et d’une réforme majeure, l’introduction du premier contrat à terme (Future sur indice) au Maroc sur MASI 20 en avril 2026 hisse la bourse de Casablanca  et plus globalement son écosystème Casablanca Financial City (CFC) au plan des standards internationaux, près d’un demi-siècle après la Bourse de New-York. Il s’agit d’un contrat à terme ferme sur les 20 actions les plus liquides parmi les 40 plus grandes capitalisations flottantes de la place.

Ce produit dérivé inédit à la bourse de Casablanca, conçu selon les normes internationales (10 dirhams par point d’indice et 4 échéances trimestrielles standards), permet aux investisseurs de se couvrir contre la baisse de la valeur d’une action ou d’un portefeuille de titres (gestion des risques), de diversifier un placement et le cas échéant de prendre des positions avec effet de levier (achats/ventes) sur le cours futur de l’indice (spéculation). Le « MASI 20 Future » est un sous-jacent qui devrait offrir profondeur, diversification et une forme de représentativité sectorielle pour les investisseurs. Il pourrait contribuer à l’élargissement de l’offre de services allant, selon la littérature économique, vers une forme de « complétude » du marché boursier marocain. Il devrait aussi, en cas de succès, aider au renforcement de la profondeur et la maturité du marché. Il sera soumis à l’épreuve de la liquidité conditionnée, notamment, par la présence de « teneurs de marché » (Market-maker) actifs et d’un flux régulier d’ordres.

Soutenues par une conjoncture macroéconomique plus favorable après les années Covid (ralentissement de l’inflation et politiques monétaires plus accommodantes), les grandes places boursières internationales ont terminé l’année 2025 sur une  performance assez robuste. Le MSCI Wold index a progressé de plus de 20%, Séoul à plus de 76%, Madrid à plus de 49% et Paris à plus de 10%.

Dans ce concert « optimiste », la bourse de Casablanca a aussi achevé l’année 2025 sur une performance historique. Les deux indices de la bourse ont connu une progression sur l’année de respectivement environ 28% pour le MASI, 25% pour le MASI 20 et des volumes de transactions en forte hausse avoinant les 161,1 MMDH : 120,9 MMDH pour le marché Central (où les transactions se font par la feuille de marché) et 16,3 MMDH pour celui des Blocs lors d’échanges bilatéraux directs (de gré-à-gré) entre investisseurs institutionnels en général.

La bourse de Casablanca a enregistré également trois opérations d’introduction : Cash Plus, SGTM et Vicenne pour un total de 6,08 MMDH. Les augmentations de capital ont concerné CIH Bank, TGCC et Sothema pour un total de 4,30 MMDH. Ces différentes opérations, certes très ponctuelles, mais néanmoins augmentent, diversifient l’offre de titres et vont dans le sens d’une plus grande profondeur du marché. Elles ont contribué ainsi à un record de capitalisation boursière dépassant 1040 MMDH, soit une augmentation de plus de 38% par rapport à 2024. De quoi se réjouir côté « vitrine ». Mais ces performances sont loin d’être homogènes en dehors de quelques Small et Mid caps avec des hausses exceptionnelles ; elles n’ont concerné que quelques secteurs (banques et BTP) et valeurs « vedettes » telles que : Attijariwafa Bank, Maroc Telecom, Managem, Marsa Maroc et BCP.

Fondamentalement, le rôle économique et premier de la bourse est d’être un levier de financement de l’économie réelle dans son ensemble. Ainsi, le rapport sur le Nouveau Modèle de Développement (2021), constatant un déséquilibre dans la structure de l’investissement au Maroc, appelle le secteur privé à s’engager davantage dans le financement de l’économie en suggérant de faire passer sa part dans l’investissement total de 1/3 aujourd’hui à 2/3 à l’horizon 2035. Il existe, désormais, un potentiel très massif non exploité pour les entreprises privées à lever des fonds sous forme d’actions et/ou d’obligations en bourse. Dans le tissu « fragmenté » des entreprises au Maroc, les PME qui comptent plus de 90% des entreprises du pays n’arrivent à mobiliser, pour leur financement, qu’environ 15% des crédits bancaires. Le reste de ces crédits est capté par les opérateurs historiques et les grandes entreprises qui réalisent près de 78% des ventes.

Mais la bonne performance de l’année 2025 ne doit pas occulter le fonctionnement quasi « anémique » en termes de jours de cotation annuelle de certaines valeurs de la bourse. L’observation des deux dernières décennies révèle que, sur les 80 titres (le nombre de titres peut varier selon l’année) que compte la classe des actions, environ de 30% à 50% de titres ne sont pas cotés selon l’année (Bourse de Casablanca, statistiques annuelles 2025 et site de l’AMMC). L’existence de l’indice resserré MASI 20, composé des 20 plus liquides valeurs de la cote n’est pas redondante avec celle du MASI. Cela montre que l’activité de marché reste concentrée sur peu d’actions liquides !

La liquidité et la profondeur du marché sont problématiques à la bourse de Casablanca! S’agissant de la classe des obligations privées (titres d’emprunts), en dehors du marché des titres du Trésor public (dette publique sous forme de bons du Trésor et d’obligations), le nombre de lignes ouvertes par année peut connaitre de très fortes variations (rapport de 1 à 10). L’année 2025 n’a connu que 3 lignes (1 sur le marché Central et 2 sur celui des Blocs contre respectivement 13 et 4 pour l’année 2024). A cet effet, il convient de mentionner l’émission d’un emprunt obligataire régional lancée en avril 2026 par la collectivité territoriale Casablanca-Settat d’un milliard de dirhams diversifiant ainsi ses sources de financement. Des investisseurs institutionnels nationaux (établissements bancaires notamment) ont pris part à cette émission.  Il s’agit d’une opération historique, mais qui reste très isolée. Au vue des investissements structurants à venir, cette première opération devrait inciter d’autres établissements (privés ou collectivités territoriales) à utiliser ce véhicule de financement, encore peu sollicité. Observons que le marché obligataire (de la dette privée) n’est pas encore véritablement installé au Maroc, sachant que le potentiel de son développement n’est pas exploité, étant donné les besoins massifs de financements dans le Royaume !

Considérant l’évolution des marchés financiers au Maroc, il doit être souligné que la liquidité et la profondeur du marché boursier restent des défis majeurs à relever. Mais aussi que le secteur privé n’arrive toujours pas à saisir pleinement les opportunités de financement direct par les marchés de capitaux. Rappelons que dans les années 2010, la création de Casablanca Financial City (CFC) dans le cadre d’un partenariat public-privé, (comptant parmi ses membres, notamment, la bourse, la banque centrale, CDG, les assurances et des grandes banques marocaines) avait pour ambition de faire de la place de Casablanca un hub financier de vocation internationale aligné sur les standards internationaux et tourné notamment vers l’Afrique.

CFC n’était pas qu’une simple « vitrine » du système financier marocain, elle avait pour objectifs de faciliter l’approfondissement du marché bancaire national, le développement des marchés de capitaux via notamment la bourse (actions et obligations) et l’internationalisation de la place financière de Casablanca. Depuis sa création, elle a pu attirer de nombreux gestionnaires d’actifs notamment sur le continent africain.

En définitive, les marchés financiers marocains sont toujours dans une voie de réformes et de modernisation institutionnelle en vue de leur développement. Celui-ci devrait servir de « courroie » pour l’ancrage des anticipations de l’inflation des opérateurs et de l’estimation de la prime de risque. L’objectif macroéconomique, bien décrit par la littérature économique, étant, aussi, de rendre plus efficace la transmission à l’économie réelle des taux d’intérêt directeurs, via les taux interbancaires, érigée par la politique monétaire de Bank Al-Maghrib.

Sans verser ni dans « le bashing », ni dans la condescendance, l’effet « vitrine » (qui a aussi son importance, surtout dans les pays en développement et émergents) de la bourse de Casablanca et de son écosystème financier (CFC) a tendance à prévaloir sur son rôle économique fondamental de financement de l’économie réelle !